Edito Paroisses Portes du Lauragais

ÉDITO – UNE BOUSSOLE POUR LE TEMPS PRÉSENT

Avec la publication de Magnifica Humanitas, sa première encyclique, le pape Léon XIV pose un acte important de son pontificat.

Dans l’Église, tous les textes n’ont pas la même portée. Une encyclique appartient aux formes les plus élevées du magistère ordinaire du pape. Sans constituer une définition dogmatique, elle engage fortement son enseignement et oriente durablement la réflexion des catholiques.

Les encycliques marquent souvent une époque : Rerum Novarum de Léon XIII sur la question sociale, Humanae Vitae de Paul VI, Laudato Si’ du pape François. Elles deviennent des repères pour comprendre les défis de leur temps à la lumière de l’Évangile.

C’est pourquoi cette première encyclique de Léon XIV mérite une attention particulière. Souvent, le premier grand texte d’un pape donne une indication précieuse sur les préoccupations qui habiteront son pontificat. Le choix même du sujet est significatif : l’intelligence artificielle.

Beaucoup s’attendaient à une encyclique sur la paix, sur les migrations ou sur la crise écologique. Léon XIV choisit de regarder en face une révolution silencieuse mais déjà profondément présente dans nos vies. En quelques années, l’intelligence artificielle s’est invitée dans le travail, l’éducation, la santé, l’information, les relations humaines et même dans nos paroisses. Ses promesses sont immenses, mais les questions qu’elle soulève le sont tout autant.

Sans condamner la technologie, le pape rappelle qu’elle n’est jamais neutre. Derrière les algorithmes se trouvent toujours des choix humains, des intérêts économiques et des visions de l’homme et de la société. L’encyclique met en garde contre plusieurs risques :
– la concentration du pouvoir entre les mains de quelques acteurs technologiques,
– l’affaiblissement du travail humain,
– la manipulation de l’information,
– la surveillance généralisée,
– l’usage militaire de l’intelligence artificielle
– la tentation de réduire la personne à un ensemble de données.

Léon XIV rappelle avec force que l’intelligence humaine ne peut être confondue avec la puissance de calcul d’une machine. L’être humain n’est pas seulement capable de raisonner ; il est capable d’aimer, de souffrir, de pardonner, de se donner et d’entrer en relation. La dignité de la personne ne dépend ni de son efficacité ni de ses performances.

Ce texte est d’autant plus remarquable qu’il est porté par l’Eglise, qui n’a aucun intérêt économique dans le développement des nouvelles technologies. Tandis que les grandes entreprises investissent des milliards dans l’intelligence artificielle et que les États cherchent à préserver leur compétitivité, l’Église peut exercer une parole libre. Sa préoccupation n’est pas la rentabilité, mais l’homme ; non pas la performance, mais le bien commun.

À l’heure où beaucoup partagent un mélange de fascination et d’inquiétude devant ces nouveaux outils, Magnifica Humanitas apporte une voix originale. Elle ne refuse pas le progrès, mais elle rappelle une évidence parfois oubliée : toute innovation doit demeurer au service de la personne humaine.

Et puisque certains pensent encore qu’une encyclique est un texte réservé aux spécialistes, signalons que Léon XIV y convoque lui-même Gandalf. Le célèbre magicien de Tolkien nous rappelle que la véritable question n’est pas ce que l’avenir nous réserve, mais ce que nous choisissons de faire du temps qui nous est donné.

Si Gandalf et le pape sont d’accord, cela mérite sans doute quelques pages de lecture !

p. Aymar